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L’ALENA, tout n’est pas à jeter à la poubelle

AnneMinhThuQuach-deputee-Beauharnois-Salaberry-a-Chambre-des-Communes-Photo-courtoisie-publiee-par-INFOSuroit(Anne Minh-Thu Quach) – Deux décennies après l’entrée en vigueur de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) avec le Canada et le Mexique, Donald J. Trump s’est fait élire sur la promesse de renégocier voire d’annuler l’entente tripartite au nom des travailleurs américains. Cette annonce largement médiatisée dans Twitter remet en question l’immuabilité de l’économie et les règles du marché. En effet, au cours des dernières années, les économistes ont fait la promotion des accords de libre-échange comme seul et unique modèle économique. Entendons-nous d’emblée, si l’ALENA disparait, les échanges commerciaux continueront et d’autres ententes bipartites seront signées.

Les échanges entre le Canada et les États-Unis sont depuis 1994 fortement intégrés, les données le démontrent bien. Concrètement, depuis son entrée en vigueur, l’ALENA (précédée par l’ALE en 1989) a éliminé la majorité des tarifs douaniers sur les biens échangés entre le Canada, les États-Unis et le Mexique et a mis en place des processus pour abolir les obstacles de nature réglementaire. Selon des données de 2015, l’ALENA a permis le commerce de marchandises entre le Canada et le Mexique, lequel était 8 fois plus élevé qu’en 1993, atteignant près de 37,8 milliards $ CA, ce qui représente un taux de croissance annuel moyen de 10,1 % (1). Les échanges de services entre les deux pays ont totalisé 3,9 milliards de dollars en 2015, six fois plus importants que depuis les débuts de l’ALENA. Depuis, la valeur des échanges commerciaux entre les trois pays a triplé pour atteindre plus de 1320 milliards de dollars. Aujourd’hui, un emploi sur six au Canada est lié aux exportations .

Si Trump peut se permettre de réécrire des accords via les médias sociaux, nous devons pouvoir nous mobiliser afin de demander mieux pour les travailleurs d’ici et d’ailleurs. En effet, « le libre-échange est […] un phénomène caractérisé par la mondialisation des capitaux. Il est aussi directement lié à la montée des inégalités dans les pays du Nord où les travailleurs et les travailleuses ont subi des reculs constants de leurs conditions de travail pendant que les plus riches bénéficiaient de la délocalisation d’industries vers le Sud. (2)» La réouverture de l’Accord doit permettre une plus grande équité entre les partenaires. Trudeau devra, à la table de discussion, s’assurer que les secteurs de l’automobile, de l’agriculture, du bois d’œuvre et de la gestion de l’offre soient équitables pour tous les pays. Dans le cas présent, il est clair que Trump souhaite une refonte de l’ALENA pour faire profiter les grands financiers non pas les travailleurs. D’ailleurs, ses propres usines ne sont pas aux États-Unis…

L’ouverture des marchés avec nos voisins du Sud a permis la création ou plutôt le maintien d’emplois spécialisés dans certains domaines seulement. En effet, pour plusieurs travailleurs, la situation s’est détériorée. En ce sens, un des impacts néfastes aux accords de libre-échange est de niveler vers le bas l’ensemble des conditions de production et de travail. En effet, dans un contexte où les travailleurs du Sud gagnent si peu pour leur dur travail, il est difficile pour les entreprises de concurrencer avec les entreprises des Maquiladoras au Mexique. L’ALENA s’avère donc faire stagner et reculer les conditions de travail durement acquises par le mouvement syndical en Amérique du Nord. Pensons aux réticences auxquelles nous faisons face quant à l’augmentation du salaire minimum.

De plus, le chapitre 11 menace l’indépendance des États et le bien-être collectif. Quand des compagnies comme TransCanada peuvent poursuivre des États sous prétexte que nos lois limitent les investissements, il faut que le gouvernement soit gardien du bien commun avant tout, telle est sa mission profonde. Trump nous offre également l’opportunité d’élever nos standards en ce qui a trait à l’environnement. Face à la montée du nationalisme économique américain qui menace notre souveraineté, notamment notre souveraineté maritime, et potentiellement la commercialisation de l’eau, nous devons renforcer les clauses environnementales y compris dans l’ANACE (Accord Nord-Américain de Coopération dans le domaine de l’Environnement).

En somme, tout n’est pas à jeter à la poubelle. Trump nous permet de revisiter un accord profondément inéquitable en mettant de l’avant les droits humains, les droits du travail, les droits environnementaux, la souveraineté des États, etc. Saisissions cette opportunité et demandons au gouvernement Trudeau de négocier en ce sens. Finalement, le NPD continuera d’exiger de la transparence de la part du gouvernement libéral qui devra se tenir debout pour nos emplois et nos valeurs.

Anne Minh-Thu Quach
Députée fédérale de Salaberry-Suroît à la Chambre des communes et porte-parole du Nouveau Parti démocratique en matière de jeunesse
T : 450 371-0644
C : [email protected]

(1) www.rncan.gc.ca/sites/www.nrcan.gc.ca/files/energy/pdf/10_KeyFacts_EnergySector_f.pdf
(2) www.wwf.ca/fr/nouvelles/publications/rapport_planete_vivante_2012.cfm

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Vous pouvez lire ou relire les billets précédents d’Anne Quach :

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Une réponse à "L’ALENA, tout n’est pas à jeter à la poubelle"

  1. Michel Lamond dit :

    Bravo Madame Quach! Votre analyse de l’alena est particulièrement juste et lucide. Je serais d’avantage rassuré pour l’avenir si c’était vous qui étiez à la place de ce Trudeau qui renie ses promesses électorales les unes après les autres.

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