Suicide : Le temps des Fêtes parfois synonyme de détresse

Sylvie_Mayer-Centre-crise-prevention-suicide-Tournant-photo-INFOSuroit_com(Marie-Ève Rochefort) – En général, le temps des Fêtes est une période de l’année qui rime avec réjouissance et bonheur. Ce n’est toutefois pas le cas pour plusieurs, dont les personnes vivant au seuil de la pauvreté, les victimes de l’isolement ainsi que les endeuillés qui ont perdu un être cher en raison du suicide. De nombreuses raisons peuvent pousser un humain à mettre fin à ses jours et le temps des Fêtes peut amplement y contribuer.

Rencontrée par INFOSuroit.com, Sylvie Mayer, responsable des communications et de la formation des sentinelles au Tournant, le Centre de crise et de prévention du suicide couvrant le grand territoire du Suroît, affirme que le nombre d’appels reçus par les intervenants de l’organisation augmente durant cette période de l’année.

« Le temps des Fêtes est une période qui engendre une forte pression sociale sur certaines personnes. On peut penser à celles qui ont des problèmes financiers et qui ne peuvent rien acheter à Noël, aux parents récemment divorcés qui ne passent pas les Fêtes avec leurs enfants, ou encore aux personnes endeuillées et les gens vivant seuls. L’arrivée de la facture de la carte de crédit en janvier ou en février peut aussi en décourager plusieurs. Au Tournant, on a plus de demandes durant cette période, mais est-ce vraiment parce qu’il y a plus de gens qui sont en détresse ou est-ce parce que nous sommes de plus en plus connus ? », se questionne-t-elle.

Semaine-prevention-suicide-sentinelles-Valleyfield-photo-INFOSuroit_comEn effet, Le Tournant jouit d’une belle visibilité, d’autant plus que l’organisme célèbre ses 30 années d’existence en 2014. Il se démarque également par son grand nombre de sentinelles, des gens comme vous et moi qui sont spécialement formés pour intervenir auprès de personnes suicidaires et faire le relai entre ces dernières et le centre de crise. Dans le Suroît, on en compte plus de 400. Le fait qu’il y ait tant de sentinelles sur le territoire contribue donc peut-être à augmenter le nombre d’appels logés au Tournant.

« C’est le premier pas vers la recherche d’aide qui est le plus difficile à faire. Les sentinelles vont aider les personnes suicidaires à y arriver », continue Sylvie Mayer.

Garder les yeux bien ouverts

Les personnes qui sont formées à titre de sentinelles connaissent les signes démontrant une détresse pouvant mener au suicide. Toutefois, n’importe qui peut être en mesure de remarquer un changement chez un proche qui pourrait être alarmant. Une personne habituellement rayonnante qui devient de plus en plus terne, démotivée et susceptible est un exemple parmi tant d’autres. Un membre de la famille qui s’isole et fuit ses proches en est un autre. En bref, tout changement de comportement est à surveiller, sans parler des messages verbaux ou formulés à l’aide des réseaux sociaux.

Un suicide qui aura changé les perspectives

Lors de mon entretien avec Sylvie Mayer, j’ai évoqué le cas d’une amie d’enfance s’étant suicidée le 15 octobre 2006 à l’âge de seulement 17 ans. La nouvelle a eu l’effet d’une bombe sur de nombreux étudiants du Collège de Valleyfield qui connaissaient bien celle qui était pourtant reconnue pour avoir un sourire rayonnant. Quelle fut ma surprise d’apprendre que c’est son décès qui a permis la création de nouvelles mesures pour mieux gérer les crises engendrées par un suicide.

« À la suite du suicide de cette jeune fille, lequel a fait une onde de choc, on a mis sur pied un protocole de postvention ainsi qu’une formation pour permettre de mieux gérer la crise. Aujourd’hui, on rencontre le Collège à chaque début d’année afin qu’il soit bien encadré et que tout le monde soit efficace. S’il arrive autre chose au cégep, les gens sauront exactement quoi faire et nous pourrons mieux analyser la situation et encadrer les interventions afin de limiter la contagion et de ne pas partir en peur comme ce fût le cas en 2006 », poursuit madame Mayer.

Il faut comprendre que dans un établissement comme le Collège de Valleyfield, des milliers d’étudiants peuvent être touchés par un événement comme un suicide. Une organisation comme Le Tournant devient alors une ressource essentielle pour agir en postvention auprès des personnes touchées de près ou de loin par un suicide et évaluer la situation afin de mieux cibler les personnes vulnérables. Pour reprendre les dires de Sylvie Mayer, rencontrer l’ensemble des étudiants dans un auditorium contribuerait peut-être plus à engendrer une panique qu’à calmer le jeu.

Les-intervenantes-Catherine_Deshaies-et-Annie_Hebert-Centre-de-crise-et-de-prevention-du-suicide-Le-Tournant-photo-INFOSuroit_comLe Tournant œuvre donc sur plusieurs plans, que ce soit au niveau de la prévention ou de la postvention. Dans un premier temps, il offre un soutien aux personnes suicidaires ainsi qu’à leurs proches. Il est également appelé à intervenir dans un milieu donné une fois qu’un suicide a été constaté (postvention) afin de limiter l’effet de la contagion. Enfin, il offre de l’hébergement provisoire à certaines clientèles ainsi qu’un service de réinsertion et de réadaptation sociale. Armé de 30 employés permanents, dont des éducateurs spécialisés, des sexologues, des travailleurs sociaux et des psychoéducateurs, le centre possède les ressources pour vous aider.

Sachez en terminant que la ligne de crise du Tournant est à votre disposition 24 heures par jour, sept jours par semaine. Que vous soyez une personne suicidaire cherchant du soutien ou un proche qui s’inquiète pour la vie de quelqu’un, composez le 1-866-APPELLE (277-3553) ou le 450 371-4090. Les services du Tournant sont confidentiels.

Le suicide en quelques statistiques

Centre-de-crise-et-de-prevention-du-suicide-Le_Tournant-photo-INFOSuroit_comSelon les chiffres de l’Institut national de santé publique du Québec (la mortalité par suicide au Québec, de 1981, à 2011)*, trois suicides seraient commis quotidiennement alors que le nombre de tentatives s’élève à 75 dans la province. En Montérégie, on parle de 180 suicides annuellement. Dans le Suroît, Le Tournant gère en moyenne une douzaine de cas de postvention annuellement.

Les hommes sont plus nombreux à se suicider à en croire ces statistiques ; en 2011, ils sont 852 à avoir mis fin à leur jour contre 253 femmes. On rapporte également que le suicide est plus élevé chez les hommes âgés de 35 à 49 ans, alors que chez la gent féminine, le plus haut taux s’observait chez les 50-64 ans.

Enfin, ces statistiques ne tiennent compte que des données recensées. On peut donc imaginer que ces chiffres pourraient être beaucoup plus alarmants si tous les cas de suicides et de tentatives étaient répertoriés.

* Une mise à jour de ces statistiques était prévue pour 2014.

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