Sauver le Centre mère-enfant de Valleyfield, une question d’accessibilité

Le comité de citoyens Sauvons le Centre mère-enfant tenait le 8 octobre une conférence de presse à l’hôtel de ville de Salaberry-de-Valleyfield afin de préciser les effets qu’auraient la centralisation des services du Centre mère-enfant de l’Hôpital du Suroît au futur hôpital de Vaudreuil-Soulanges. Rappelons que la MRC de Beauharnois-Salaberry et les conseils municipaux de Franklin, Huntingdon, Saint-Anicet, Sainte-Barbe, Saint-Stanislas-de-Kostka, Beauharnois et Salaberry-de-Valleyfield ont passé des résolutions pour se joindre au mouvement de mobilisation.

Les membres du comité : France Chenail, conseillère municipale de Salaberry-de-Valleyfield, Daniel Beauregard, retraité de l’INSPQ, Dominic Gagnon, retraité de la santé publique de Montérégie et Édith Gariépy, directrice générale du CDC de Beauharnois-Salaberry.

Les membres du comité ont entre autres réfuté les arguments qui poussent le CISSS de la Montérégie-Ouest à déplacer les services d’accouchement, de pédiatrie et de gynécologie à l’Hôpital de Vaudreuil-Soulanges.

Tout d’abord, on parle d’une masse critique d’accouchements, qui ferait en sorte que le Centre mère-enfant ne desservirait pas un assez grand nombre d’accouchements, soit environ 500 par année, pour justifier ce maintien. Or, Dominic Gagnon, retraité du réseau de la santé publique en Montérégie, a effectué des recherches et a découvert qu’une dizaine d’hôpitaux au Québec pratiquent entre 350 à 600 accouchements annuellement. Dans une situation similaire à celle du Suroît, on note L’Hôtel-Dieu de Sorel, en Montérégie-Est, l’hôpital de Granby et l’hôpital de Montmagny, près de Québec.

Le CISSSMO mentionne également le manque de main-d’oeuvre pour expliquer la fermeture de l’unité d’accouchement. Carole Laperrière, assistante infirmière-chef retraitée ayant travaillé pendant près de 21 ans au Centre mère-enfant, a tenu à préciser qu’il est erroné de parler de pénurie, mais qu’il faut davantage adresser l’exode des infirmières plus que qualifiées. En effet, les jeunes infirmières embauchées à l’Hôpital du Suroît se voient promettre certaines conditions, notamment au niveau des horaires, mais celles-ci sont rarement respectées. Elles choisissent donc de quitter vers d’autres régions.

« Nos infirmières et préposées sont formées ici, au Collège de Valleyfield et au Centre de formation professionnelle de la Pointe-du-Lac, mais elles pratiquent ailleurs », a déploré France Chenail, conseillère municipale de Salaberry-de-Valleyfield et mère de quatre enfants.

France Chenail, conseillère municipale de Salaberry-de-Valleyfield et mère de 4 enfants, a questionné Carole Laperrière, assistante infirmière-chef retraitée ayant travaillé pendant près de 21 ans au Centre mère-enfant.

Effet domino

Avec la disparition du Centre mère-enfant, on délocalise neuf services, soit l’unité de naissance du centre mère-enfant, la néonatalogie et la gynécologie, la pédiatrie, l’échographie transœsophagienne, la médecine nucléaire, la mammographie CRID, l’audiologie, l’ophtalmologie et l’opération de l’œil.

« Certaines personnes devront voyager pendant 45 minutes à une heure, ce qui peut compromettre la santé de la mère et de l’enfant, a ajouté Dominic Gagnon. Le CISSSMO promet d’offrir du transport, mais la connectivité entre les régions est un enjeu dans le Suroît depuis bon nombre d’années. »

En plus de l’accessibilité géographique, d’autres facteurs identifiés comme étant des freins à l’accessibilité sont pris en compte. On mentionne entre autres des freins reliés au manque de ressources financières, à la disponibilité d’un moyen de transport et à l’absence d’un soutien social. Plusieurs jeunes femmes, notamment de familles monoparentales, vivent leur grossesse non seulement dans un contexte de pauvreté, mais également sans soutien, isolées, et parfois en grande détresse psychologique.

Une étude réalisée par la Direction de la Santé publique de Montréal portant sur les thèmes de l’accessibilité et la continuité des services de maternité et de soins primaires pédiatriques (0-5 ans) démontre clairement que les femmes ayant moins de ressources financières et de soutien social sont désavantagées en ce qui a trait à leurs déplacements en vue d’obtenir des services de périnatalité.

« L’unité de maternité fait partie d’un continuum de services, qui inclut les services avant, pendant et après l’accouchement, a précisé Daniel Beauregard, retraité de l’Institut national de santé publique du Québec et expert-conseil en familles/enfance. Le retrait du Centre mère-enfant compromet ce continuum et met à risque mère et enfant. »

Les indicateurs de défavorisation des Réseaux locaux de services (RLS) de Beauharnois-Salaberry et Haut-St-Laurent contenus dans le profil du CISSSMO mettent en évidence de nombreux indices de vulnérabilité pour les familles : taux de pauvreté, nombre élevé de bébés de petits poids et taux anormalement élevé également de naissances prématurées, etc. On s’adresse dans la région à des familles plus pauvres, moins scolarisées, dont plusieurs mères ont moins de 20 ans. Celles-ci, comme les autres d’ailleurs, nécessitent des approches chaleureuses et de proximité, soutient le comité.

Éloignement des services

Cet éloignement des services affectera directement et plus particulièrement les femmes et les enfants, déplore le comité « Sauvons le Centre mère-enfant ». Dans le cas d’un enfant prématuré, a expliqué M. Beauregard, il sera plus difficile pour les parents de visiter l’enfant qui doit rester à l’hôpital pour obtenir des soins et cette présence physique des parents est primordiale dans les premiers jours et premières semaines de vie.

Tel que mentionné précédemment, la perte du Centre mère-enfant signifie également l’arrêt du service de mammographie CRID, qui est actuellement disponible à Salaberry-de-Valleyfield et Châteauguay.

« Cette décision du CISSSMO touche presque uniquement les femmes de notre communauté, a mentionné avec regret Dr Arnold Aberman. Celles qui doivent accéder à un Centre de référence pour investigation désignés ou obtenir une biopsie devront voyager des distances inacceptables dans certains cas. Pour les personnes plus vulnérables, cela signifie parfois de même de prendre congé, trouver une gardienne et un moyen de transport. »

Ces obstacles à l’accès aux soins de santé exacerbent les inégalités sociales, dénonce le comité.

« Il faut agir en collectivité, agir en temps opportun et agir pour nos touts petits », a conclu Édith Gariépy, directrice générale du CDC de Beauharnois-Salaberry.

Le comité « Sauvons le Centre mère-enfant » a par ailleurs souligné à plusieurs reprises ne pas être contre la construction d’un nouvel hôpital à Vaudreuil prévoyant des services d’accouchement, mais milite pour le maintien du Centre mère-enfant à l’Hôpital du Suroît. Pour signer la pétition qui sera soumise à l’Assemblée nationale, il faut se rendre sur la section Exprimez votre opinion! du site Web de l’Assemblée nationale du Québec.


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