Économie mondiale – Dossier sur la vulnérabilité des banques

(Michel Falardeau) – Depuis la crise financière de 2008, les pays et les banques centrales ne cessent de multiplier leurs interventions en faveur de leurs institutions bancaires. Les banques seraient-elles devenues encore plus vulnérables aux aléas de l’économie ?… et à ce point importantes que l’on doive toujours les aider à chaque fois qu’elles trébuchent ?

Une flopée de programmes d’aide financière pour nos systèmes bancaires
Depuis 2008, c’est l’équivalent de près de 6 000 milliards de $ en liquidités qui ont été injectés sous la forme de plans de sauvetage par les gouvernements des États-Unis ou d’Europe ainsi que par le biais d’opérations d’assouplissement quantitatif menées par leurs banques centrales.

La très forte majorité de ces sommes ont servi, dans les faits, à renflouer les liquidités des banques de ces pays. Il semble donc, à première vue, que ce soient d’abord et avant tout les banques que l’on cherche à protéger par toutes ces mesures. Mais pourquoi donc?

D’abord, parce qu’elles servent de véhicules financiers du crédit pour régulariser l’économie… Aussi parce que, dans certains pays, elles sont devenues plus vulnérables aux aléas économiques.

Les banques servent à régulariser l’économie
Lorsqu’un épargnant dépose de l’argent dans son compte bancaire, la banque doit généralement en conserver une certaine partie en réserve sous forme de liquidités et peut en placer le solde dans des prêts ou d’autres formes d’investissement. En guise d’exemple, disons que, pour un dépôt de 100 $, la banque garde 10 $ en réserve liquide et en place le solde de 90 $. Une fois ce 90 $ placé, elle peut l’utiliser en collatéral pour emprunter 81 $ et effectuer un second placement. Alors, elle peut à nouveau utiliser ce 81 $ en collatéral pour emprunter et placer un autre montant de 72,90 $. Et ainsi de suite, de sorte que le dépôt initial de 100 $ pourrait, à la limite, générer jusqu’à quelque 1 000 $ en prêt/investissement pour la banque!

Un effet de levier qui, dans notre exemple, pourrait décupler les investissements qu’elle peut ainsi faire dans l’économie à partir des dépôts de ses épargnants. Dans les faits, cet effet de levier varie d’un pays à un autre, d’une banque à une autre et même selon que l’on se trouve en période d’expansion ou de récession économiques.

Pas étonnant dès lors que les banques centrales se servent d’un tel levier pour remplir la mission qui leur est confiée de régulariser l’évolution de l’économie. En période de ralentissement économique ou de récession, elles peuvent injecter des liquidités dans les banques pour bénéficier de cet effet de levier et relancer l’économie. En période de surchauffe économique, elles peuvent, au contraire, retirer des liquidités des banques pour ralentir l’activité économique.

La dérèglementation du système bancaire a l’origine de la vulnérabilité
Un tel effet de levier pourrait cependant menacer la santé financière des banques si elles en venaient à effectuer des investissements trop risqués. Aussi, jusqu’à une époque récente, les banques n’étaient autorisées à effectuer, à partir de l’argent des déposants, que des placements prudents sous forme, notamment, de prêts aux entreprises, de prêts hypothécaires, de prêts à la consommation, en prenant grand soin de vérifier attentivement la solvabilité des emprunteurs. C’est dans un tel contexte de placements aussi sécuritaires qu’on leur permettait de disposer d’un effet de levier aussi important.

Mais avec la déréglementation des institutions financières, les banques se sont lancées dans des opérations beaucoup plus risquées. C’est ainsi que les placements effectués dans des hypothèques à risque (« subprime mortgages » en anglais) et dans des prêts à des pays déjà lourdement endettés ont perdu beaucoup de valeur, faisant dégringoler le prix en bourse des actions des banques américaines et européennes. Il fallait alors réagir vite pour éviter que les craintes de leurs investisseurs/actionnaires ne se propagent également à leurs clients/épargnants.

En effet, essayons d’imaginer ce qui pourrait arriver si une telle crise de confiance survenait envers le système bancaire d’un pays et que les épargnants se pointaient en masse à leurs banques pour en retirer massivement leur argent, comme ce fut le cas en Grèce notamment. Il est certain que ces banques ne disposeraient pas alors du temps requis pour démêler l’écheveau complexe d’emprunts/placements qu’elles ont réalisés, parfois même dans des pays étrangers, à partir des dépôts de leurs clients.

Elles pourraient certes utiliser les réserves de liquidités qu’elles ont mises de côté de même que, s’il le faut, une partie du capital des actionnaires. Mais règle générale, ce sont les gouvernements et les banques centrales qui interviennent rapidement et massivement pour permettre aux banques de remettre,  rubis sur l’ongle, les retraits exigés par leurs clients. C’est à ce prix qu’ils peuvent conserver la confiance des épargnants dans leurs banques et continuer à bénéficier de l’effet de levier de leur système bancaire pour relancer leur économie, évitant du même coup le chaos social qui résulterait de la faillite de leurs institutions bancaires.

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Si vous souhaitez lire ou relire les précédents billets et dossiers de Michel Falardeau sur L’Économie mondiale, voici les liens à suivre :


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