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Financement par statistiques dans le réseau de la santé : une bombe à retardement

MarcOlivier_Page APTS coalition intersyndicale Coton46 Photo INFOSuroit_comMarc-Olivier Pagé est travailleur social et responsable politique de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) en Montérégie. En lien avec la situation actuelle dans le réseau de la santé. il signe le billet : Financement par statistiques, une bombe à retardement :

La population doit s’inquiéter vivement des effets pervers de la « gestion par statistiques » utilisée largement dans le réseau de la santé et des services sociaux, tout particulièrement pour les services à domicile. Ces statistiques conditionnent en partie les budgets que reçoivent les établissements. Cadences et quotas sont leur lot quotidien. L’obsession du ministère de la Santé et des Services sociaux pour la pseudo-performance et les statistiques va finir par faire sauter le presto. Ce système fou est une machine à épuisement professionnel.

Les gestionnaires subissent d’énormes pressions du ministère, notamment pour augmenter le nombre d’heures de visite à domicile. Si la cible n’est pas atteinte, l’établissement peut même perdre son financement. Dans le réseau, l’argent ne suit pas le patient; l’argent suit la statistique. Sur qui pensez-vous que revient alors la pression? Directement sur les épaules des travailleuses sociales, des ergothérapeutes, des physiothérapeutes et des thérapeutes en réadaptation physique, entre autres, à qui on demande de se déplacer le plus souvent possible à domicile, alors que ce n’est pas toujours nécessaire pour répondre au besoin de la personne. Le but unique : obtenir la statistique la plus « payante » pour l’établissement.

Créativité statistique imposée par les gestionnaires

Humour statistiques Caricature courtoisie APTSPlusieurs intervenants ont fait état de leur malaise face aux exigences des employeurs, qui viennent miner leur autonomie professionnelle. Par exemple, certains se font carrément dire par leur gestionnaire d’apporter leur ordinateur au domicile du patient pour y rédiger leurs notes de manière à augmenter (artificiellement) la durée des visites à domicile. À d’autres on conseille fortement de scinder leurs interventions en deux ou trois visites afin d’améliorer leurs statistiques, alors qu’un seul déplacement aurait suffi. Au bout du compte, le public n’est pas mieux servi. Il n’y a aucune utilité clinique à multiplier des visites dans le seul but de gonfler les statistiques. Cette créativité statistique, à la base du financement du réseau, est un leurre qu’il faut dénoncer.

Voici un exemple concret rapportée par une intervenante : « Pour un patient, nous devons faire plusieurs types d’interventions, dont des démarches auprès de tiers. Nous pouvons parfois faire plusieurs démarches dans une journée : l’une pour des problèmes financiers et l’autre pour obtenir un logement, par exemple. Or, une seule de ces démarches sera prise en compte par le système statistique. Par contre, si j’attends au lendemain pour faire et inscrire la deuxième démarche, elle sera comptabilisée. Si le gestionnaire exige cinq démarches en autant de jours, il suffit que je m’absente une journée pour faire baisser mes statistiques. C’est absurde. » De plus, cette pression pour des statistiques en apparence éloquentes crée un climat de compétition malsain entre les intervenants. Lorsqu’une personne est malade, c’est la responsabilité de l’équipe entière de compenser pour la baisse des statistiques. Résultat : épuisement professionnel et maladie.

Les cibles statistiques pour les visites à domicile sont les mêmes pour l’ensemble du Québec, de la Gaspésie à Gatineau, en passant par Salaberry-de-Valleyfield. Elles ne tiennent pas compte des particularités propres à chaque région. Pire encore, elles sont récurrentes; elles doivent être répétées chaque année.

Manifestation syndicale a Montreal Photo courtoisie APTS

Travailleurs membres de l’APTS lors d’une manifestation à Montréal – Photo courtoisie

Ça ne peut plus continuer comme ça. Au lieu de contrôler l’autonomie des intervenants, il faut leur faire confiance parce que ce sont eux et elles qui connaissent le mieux les réalités du terrain. Les objectifs comptables à courte vue ne permettent de réaliser aucune véritable économie. Au lieu de dépenser des sommes faramineuses en contrats informatiques, pourquoi ne pas mettre l’argent dans les services directs à la population? Les professionnels et les techniciens de la santé et des services sociaux sont des experts. Il est temps de cesser de les mépriser.

Marc-Olivier Pagé
Travailleur social et responsable politique de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) en Montérégie

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Une réponse à "Financement par statistiques dans le réseau de la santé : une bombe à retardement"

  1. Patrick Anderson dit :

    Auprès de qui on s’implique pour dénoncer cette gestion comptable des intervenants .

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